Billets de mauvaise humeur

J’aurais voulu être une artiste.

On s’imagine tous que l’on va faire de grandes choses, je suppose.

Que le talent que l’on se connaît va nous propulser au devant de la scène, ou qu’une passion qui nous anime depuis toujours va nous aider à rendre ce monde meilleur. On se plait à croire que savoir dessiner, écrire ou chanter suffira à faire de nous de grands artistes. Que nos ambitions étouffantes seront motrices de nos réussites. Que l’on y arrivera si l’on persiste. Briller, c’est notre idée de la liberté.

Et puis, il y a la réalité. Devoir résumer notre vie sur un CV destiné à des lecteurs qui l’interprèterons selon une vision uniquement pécuniaire. Ainsi, une période faite d’embuches, de contradictions, d’hésitations et de désillusions sera résumée en 4 phrases maximum sur un vulgaire bout de papier A4. Elle sera les « Expériences ». La partie « Formation », elle, alors qu’elle représente à nos yeux la voie qui a guidé nos actes depuis de nombreuses années, prendra uniquement du sens aux yeux d’un RH pressé si elle répond aux normes imposées. Ironie du sort, ce pourquoi l’on vit, ce qui nous provoque nos plus vives émotions, sera résumé dans une catégorie encore plus infime, que certains ne prennent même pas la peine de mentionner : « Intérêts ».

poste

Crédit : Alizée Tang Taye

Et puis, il y a l’entretien d’embauche. On se connaît rêveur, aventurier, anticonformiste. Dans ce bureau de 8 mètres sur 10 à l’effigie du nom de la boîte, ce sont des défauts. On nous veut organisé, ponctuel, adaptable. Le rêve de grandeur est déjà loin. On l’a d’ailleurs remarqué avant même de postuler. Alors que l’on s’imagine journaliste d’investigation, sillonnant les 4 coins du monde dans le but de dénoncer ce qui n’y tourne pas rond, l’offre nous stipule que notre rôle sera de sonder les français, d’écrire sur le pouvoir de consommation en baisse ou sur l’augmentation du coût du lait. Si à travers tous les supports médias, on nous bourre le crâne sur le bonheur accessible à condition de volonté, la réalité est moindre. Et c’est un euphémisme. La réalité, c’est que l’on n’est plus permis (l’a t-on déjà été ?) d’être ambitieux. L’homme qui veut devenir écrivain deviendra pigiste car plus personne ne lit, la femme qui veut devenir psychothérapeute laissera tomber car ses parents ne pourront l’assumer jusqu’à la fin de ses études.

Alors, à la place, on mettra son tailleur, sa cravate, son sourire, et on répondra « Oui, bien-sûr, évidemment » lorsque la RH nous demandera si on est prêt à faire des heures sup’ pour prouver notre motivation.

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2 réflexions sur “J’aurais voulu être une artiste.

  1. Impitoyable réalité…Liberté, mot d’une beauté illusoire, emplie d’espoir. Les puissants s’évertueront à la contrôler, à la dompter, puis chemin faisant à l’annihiler…

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  2. Magnifique.
    C’est un constat amer mais completement realiste.
    Pour moi qui aime le football laisse moi te faire profiter d’une de mes comparaisons tirée par les cheveux.
    Le realisme au foot est un concept qui signifie en gros concretiser une attaque en marquant un but.C’est génial.Malheureusement pas comme la vie.Etre realiste dans la vie signifie s’éloigner de ses rêves et viser le boulot qui nous permettra de mettre quelque chose dans l’assiette.
    Pas de quoi faire lever les foules.

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