L'enfer, c'est les autres

Indignation 2.0./ Implication 0.0

Confortablement installée sur son canapé en velours côtelé, Christine est paisiblement en train de déguster son jus de fruit bio quand la nouvelle tombe : nouvel attentat à Bruxelles, 31 morts.

L’occasion rêvée de faire part à son public virtuel de son état de déprime lattant face à la situation. Sur Facebook, elle dégaine toute son empathie pour les victimes belges. Sa page transformée en dépotoir à bons sentiments pour l’occasion propose désormais sa médiocre opinion, en plus des publications incohérentes qu’elle a posté pèle mêle sur son mur : une recette de cuisine, un hommage à David Bowie et un reportage sur la ville dans laquelle on trouve le plus de bars selon Topito.

A en lire ses dires, elle aurait su prendre à bras le corps ce désolant problème de kamikazes dans les meilleurs délais. Pour preuve, elle divulgue ses conseils au gouvernement sur la toile, moralise, s’insurge. Des mots simples pour une indignation réelle : c’est vrai quoi, fallait faire gaffe aux gamins pommés qui traînent trop dans les citées.

Seuls ses 130 amis virtuels auront la chance de lire son brillant rapport, mais tant pis. Tant qu’à faire une pause dans la pose de son vernis, autant faire d’une pierre deux coups. Christine déverse sa haine sur le lieu qu’elle trouve le plus approprié : un univers virtuel. Une, deux, trois lignes : elle dépeint en proses ce monde révoltant dans lequel on vit, en prenant garde tout de même à ne pas abîmer ses ongles. Elle confond tout : Daesh et la religion musulmane, Marseille et un terrain miné, Molenbeek et une plaque tournante. Elle s’insurge, répète et déforme ce qu’elle a entendu sur BFM, car en une fois, elle n’a pas eu le temps de tout assimiler. D’habitude, elle regarde Fashion TV.

Sur les réseaux sociaux, elle ne manque pas à son devoir de militante pro FN. C’est l’occasion inespérée. Si Marine avait gouverné, le navire n’aurait pas coulé. Bobonne est tiraillée entre compassion et individualisme : l’horreur du monde extérieur rivalise avec la quiétude de sa maison dessinée par un décorateur. En tout cas, elle le sait : jamais, au grand jamais, elle n’appellera son fils Mohamed.

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