Billets de mauvaise humeur

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Quand a t-on arrêté de vivre dans l’instant?

Les réseaux sociaux y ont, je crois, vivement contribué. Ils ont poussé notre monde à se mettre en scène, notre génération à se regarder à travers des miroirs virtuels. Internet est à double tranchant : il permet à la fois de partager un avis digne d’intérêt et de déblatérer des propos vides de sens, de montrer quelques clichés de ses vacances et de surmédiatiser une vie plate, de révéler des talents avec peu de moyens et des abrutis se trouvant dans l’opulence financière.

Tout a commencé avec la photo  d’un avocat toasté sur Instagram. Ou peut être était-ce un brunch au saumon. En tout cas, il y a bien eu un premier mec qui a eu l’idée de prendre sa bouffe en photo pour la partager sur les réseaux. Rappelez-vous : il y a un an encore, ça nous paraissait ridiculement absurde. Et puis, le phénomène a pris de l’ampleur. Chaque moment est devenu commercialisable. Retransmissible. D’un simple déjeuner entre amis à des vacances au soleil, la surexposition s’est banalisée. Démocratisée. Certains, surtout certaines, ont su surfer sur la vague. Sponsorisées par des compagnies aériennes, hôtels de luxe ou marques de maillot de bain, elles posent fièrement aux quatre coins du monde en échange d’une publicité plus ou moins déguisée pour la marque. Et elles ne sont pas à blâmer. Qui ne profiterait pas de vacances gratuites pour quelques placements de produits ?

Quand a t-on arreté de vivre dans l'instant

Crédit : Alizée Tang-Taye

Ce qui est à blâmer, plutôt, c’est le contre effet du phénomène. Tous ces ahuris qui se rêvent stars de la toile au détriment du moment présent. Tous ceux qui regardent à travers l’objectif de leur appareil photo plutôt qu’à travers leurs yeux. Cette génération qui va au musée pour s’y géolocaliser, qui pose devant des monuments dont elle ne connaît pas l’histoire et qui voyage pour le dire aux autres. C’est fou, le pouvoir d’un petit pouce bleu virtuel. Il encourage les foules à se mettre en abîme, se tourner en spectacle, souvent en ridicule. Il met des milliers de gamines à poil d’en le but d’en récolter un maximum, fait blablater des décérébrés sur la politique alors qu’ils n’y connaissent rien, crée des  challenges plus ou moins dangereux. Mais peut-être que ce n’est pas qu’un simple pouce bleu virtuel. Peut-être que c’est avant tout l’opportunité de vivre une heure de gloire, aussi éphémère soit-elle. Peut-être que c’est l’occasion de savoir si une romance n’est pas complètement terminée. Peut-être que c’est l’envie d’exister.

Et si on essayait, en vrai ? 

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