L'art au service de la phobie sociale.

La Vie intense.

On vit tous. Notre coeur bat, nos poumons respirent, nos yeux voient. Mais on ne se sent pas tous en vie. L’intensité, la puissance que l’on tente de donner à nos existences : est-ce là que réside la solution pour ressentir nos jours ?

Sports extrêmes ou prise de drogue, relations passionnelles ou libertinage, pratique exacerbée de l’art, qui, pour Almodovar est « la seule expérience de la vie capable de le posséder totalement » … On a tous notre façon de vivre. Notre manière de ne pas être spectateur de nos 60 années à venir. Notre vision de ce qu’est l’intensité. De celle, mystique, tellement au centre de nos préoccupations qu’elle en deviendrait une psychose. Elle est le moteur de nos actes. Elle est, selon Tristan Garcia, une « obsession moderne ».

Elle est le leitmotiv des publicitaires, aussi. « 100% intenses », sont les slogans censés faire rêver le consommateur quant à des produits qui l’aideraient à ressentir la véhémence. Cette notion, c’est l’idéal de notre temps.

Pourtant, à en croire le philosophe, l’intensité serait aussi un accès simplifié à la dépression. Elle pousserait de promesses à désillusions. En effet, il semblerait qu’au 21ème siècle, on ne ressente pas la vie sans frôler le précipice, celui qu’on se plait à surnommer « intensité ». L’exigence envers soi-même de vivre un vie hors du commun envers et contre tout est illustration des croyances collectives selon lesquelles pour exister, il faut performer.  On mène une course utopique vers l’absolu, en somme. Et hors de question de franchir la ligne d’arrivée sans avoir goûté à l’extraordinaire.

A force de poursuivre les émotions que pourraient nous procurer les expériences de la vie, on se transformerait en metteur en scène de celle-ci, plutôt que se contenter d’en être acteur. En tant que valeur absolue, l’intensité s’avérerait alors risquée. Dans l’extrême, elle serait, toujours selon Tristan Garcia,  contre productive. Vouloir à tout prix intensifier notre vie ne conduirait qu’à la diminuer.

Plutôt que de se limiter à ce dont il est détenteur -un corps, un esprit, des ressentis-, l’Homme veut davantage. Il veut frôler la mort pour mieux profiter de sa vie. Il veut percevoir plus fort pour se persuader qu’il aime, hait, ou souffre. Il s’épuise à se lancer des défis physiques pour tenter d’alimenter son mental. Il préfère les ascenseurs émotionnels à une constance étatique. Il est persuadé qu’il vaut mieux que la médiocrité. Et, finalement, à force de se regarder vivre, il existe à travers le miroir de ses fantasmes. Il est spectateur de la pièce projetant sa soif d’accomplissement, de victoire, de reconnaissance ou d’amour. Et c’est en intense passif qu’il se glorifiera d’avoir vécu sa vie.

La vie intense. Une obsession moderne. Tristan Garcia 

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