L'enfer, c'est les autres

Déni, gloire et champagne

Impénétrables sont les portes du monde majestueux du luxe. Adèle le sait, Adèle le voit, Adèle se le promet : un jour elle sera de ceux-là. Et peu importe si elle passe par la fenêtre, la sortie de secours ou les toilettes.

C’était à un cocktail mondain où elle s’est retrouvée plus ou moins par hasard qu’elle a goûté au fruit défendu.

Depuis, elle le trouve bien plus savoureux que le menu usuellement proposé par la platitude de sa vie. Il est vrai que juste là, c’était plutôt médiocre, quoique sans fausses notes : un parcours dans les rails, une famille aimante, et de la quiétude. Trop de quiétude ? Absolument. Adèle en est convaincue, elle vaut mieux que ce monde terne et sans décapotables.

Oubliées les racines, les traditions, la culture populaire, la condition. Pour accéder au cercle qui se montre à ses yeux à la fois intouchable et à portée de main manucurée, Adèle serait prête à toutes les concessions : renier père, mère, et refouler, cela va de soi, la plupart de ce qui la définit.

Suis-je Parisienne d’origine ? Bien-sûr. Suis-je familière à ce monde ? Evidemment. Cet air condescendant m’a t-il toujours caractérisé ? Cela s’entend. Opportuniste, mais rusée, Adèle a saisi les mots clés pour s’insérer au sein de son monde pailleté : nier, renier, redessiner. Le prix à payer d’un odieux mensonge sera largement remboursé par l’or et l’argent auxquels elle s’apprête à accéder. De soirées huppées à week-ends au Cap Ferret, Adèle n’est déjà plus Adèle mais Marie-Adélaïde : c’est tellement plus chic. Son père, lui, a été reconverti, à son insu de surcroit, d’infirmier à chirurgien. Sa mère, qui travaille d’arrache pieds, est finalement femme au foyer. Et ses ancêtres ? Ils venaient de la haute, haute bourgeoisie. Et ce n’était qu’il y a 4 générations, finalement. D’intéressée, Marie-Adélaïde veut devenir intéressante. Elle a tout intérêt, pour ça, à se réinventer un univers, bien loin de son cadre, décidément trop cheap, familial. Elle retrace les lignes de son passé, les modifie et les redessine pour la bonne cause. La version affriolante sera celle selon laquelle, depuis son adolescence, elle est une jeune fille désabusée qui n’a trouvé refuge que dans la coke pour respirer. C’est ça, sa notion du monde doré : un savant cocktail de belles soirées, de luxure, et de gens paumés, mais tellement, tellement bien habillés.

De banlieue proche à quartiers huppés, Marie-Adélaïde ne sait plus guère où se nicher, mais au fond, elle a gagné : quoique paumée, elle est tellement, tellement bien habillée.

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