L'art au service de la phobie sociale.

Le meunier hurlant

Gunnar Huttunen vient s’installer dans un petit village de Finlande après un passé douloureux. Il y achète un moulin qu’il retape et dans lequel il s’installe. A première vue, les habitants apprécient ce personnage qui apporte gentillesse et nouveauté à ce petit bourg isolé. Sauf que, très vite, ils découvrent la faille du meunier : à chaque émotion intense ressentie, il part hurler dans les bois. Huttunen passe alors de nouveau voisin aimable  à fou qu’il faut envoyer coute que coute à l’asile.

A travers une lutte acharnée contre la férocité humaine à laquelle le bien piteux anti héros doit bien malgré lui se livrer, l’oeuvre décrit la cruauté de l’Homme envers la différence. Elle met en exergue la méchanceté qu’ils sont prêts à déployer pour venir à bout d’un individu ayant pour seule tare de ne pas être ordinaire.

« Je ne suis pas fou, juste un peu bizarre » assure Huttunen lorsqu’il prend conscience qu’il est rejeté. Et c’est la tout le problème. Qu’est ce que la folie ? Qu’est ce que la bizarrerie ? Arto Paasilinna nous fait nous questionner : dans une société dictée par des normes, où se situent les limites qui font de nous un illuminé ? Et surtout, jusqu’où est-on prêt à aller pour sauvegarder un confort qui dépend de la ressemblance, de l’unanimité et de l’obéissance ?

Ces battues, les scènes d’acharnement, la vie d’ermite qu’Huttunen est forcé de mener, c’est la démonstration que la haine est un mouvement fédérateur. La haine de l’autre et de sa différence. La différence qui est bien souvent vue comme synonyme de folie. Et la folie  qui mène finalement à la peur.

L’humain qui voit ses intérêt personnels mis en péril est prêt à toutes les cruautés. A l’inverse, l’être qui voit sa liberté menacée est également capable de lourdes concessions pour la sauver. Huttunen est courageux et brave. Il s’accroche à une vie qui se dégrade peu à peu, et montre en amour et en amitié la plus grande des puretés. Sa folie fait écho à la sincérité de son âme tandis que la conformité des villageois démontre froideur et mépris. 

Alors, dans le fond, qui est fou ? Celui qui a la folie d’être différent, ou celui qui a la folie d’être comme tout le monde ?

Des lignes prenantes, un rythme haletant, une trame percutante, une fin inattendue, Le meunier hurlant est un chef d’oeuvre littéraire comme il en est peu. Il est l’intérêt et l’essence même de la littérature : faire se questionner l’humain sur l’humain. Il porte un message fort en ne cherchant pas à donner de leçons. La plume est à la fois grinçante et sans prétention. On en ressort tout aussi grandis que frustrés, car, masochistes ou envieux de ressentir davantage, on aurait aimé que cela continue.

Plus qu’une recommandation, ce livre est une lecture nécessaire qui rend l’humain plus grand, plus lucide, et, finalement, plus humain.

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