L'enfer, c'est les autres

Un vent de mépris

Au fil des années, notre bien malheureux monde a vu naître de nouvelles plateformes d’expression (réseaux sociaux, talk shows …) enfantant de ce fait des possibilités grandissantes de donner son point de vue partout, sur tout, mais surtout sur rien.

C’est alors que la critique négative s’est insérée sournoisement dans les mœurs. Elle s’est développée, démocratisée, jusqu’à devenir une grande tendance.

Mépriser, en 2016, c’est exister. C’est se donner la sensation que notre avis a de l’intérêt. Que l’on nous écoutera davantage si l’on hait.

Réseaux sociaux : cape d’invincibilité virtuelle

Ca ne fait pas si longtemps, après tout, que l’on peut donner un avis déguisé. Il y a dix ans à peine, il fallait appeler, se voir, ou (summum du progrès) texter. Mais, dans tous les cas, on serait confronté à la personne sur laquelle on s’était exprimé.

 Aujourd’hui, plus besoin d’assumer : retranchés derrière nos 13 pouces stickerisés, on saisit un droit d’expression insaisissable et corrosif qui ne nous manquait pas mais qui nous semble maintenant si nécessaire (et ce malgré une loi interdisant le dénigrement sur les réseaux).
Ingénus, ignorants, impertinents : libre à tous de choisir de dévoiler son identité.

Un vent de mépris

  Et, postulat fait, il est bien plus désinhibant d’attaquer cagoulé. L’univers virtuel apporte le panache qui manque sûrement à quelques internautes dans le monde réel. Et plus encore : il est la possibilité d’évoquer et de répandre sa haine sans être socialement pénalisé. Au contraire, même : rager, bien souvent, sur le web, c’est suivre un mouvement fédérateur. C’est se lier autour d’une cause qui grandit aussi vite qu’on l’attise : le mépris. C’est ainsi que Twitter, Facebook et Instagram sont devenus de nouvelles plateformes de socialisation, où, bien souvent, on aime à s’unifier par le biais de la haine revendiquée.

Blogs : like si tu hais 

Il y a bien ces blogs plein de bons sentiments, qui vous expliquent à quel point la vie est belle et qu’il faut s’aimer pour le voir. Etrangement, ce ne sont pas les plus visités. Aujourd’hui, la critique négative est plus que jamais bankable. Alors, comme pour se désolidariser de la bien pensance, les prescripteurs usent d’attaques parfois justifiées, souvent gratuites, envers concurrents directs ou lecteurs assidus. Pas de traitement de faveur pour  les mains nourricières, donc. L’ambiance délétère règne au sein des nouveaux médias comme l’odeur de vomi dans les coulisses d’un défilé Victoria’s Secret. C’est bien connu : on trouve davantage à dire quand il y a à redire. Alors, de Fier Panda qui a récemment accablé (à juste titre?)  Konbini à Le Bonbon qui crache régulièrement et ouvertement sur la plupart de ses cibles, l’attaque verbale informatisée semble être une des clefs du succès du journalisme moderne. De stratégie marketing à liberté d’expression dument exploitée, les délateurs tirent une gloire honorable  dans un mouvement qui ringardise la démago.

Télé-poubelle : la haine pour pallier à l’ignorance

Les années 2000 ont vu proliférer des débats télévisuels de plus en plus spectaculaires. Davantage de polémiques pour moins d’informations, tel est le crédo d’un temps nouveau.
La notion d’expertise s’est évaporée au fur et à mesure que la télépoubelle est née. Et c’est sur cette vague que les chroniqueurs ont surfé. Rarement qualifiés, ils sont officiellement là pour commenter tout type de sujet. Officieusement pourtant, plus leur prise de parole sera scandaleuse, plus elle sera relayée sur les réseaux sociaux, apportant ainsi de la visibilité à l’émission. Peu importe la profondeur de leurs paroles tant qu’elles sont dites avec conviction et un haut volume de décibels, en somme. Alors, quelle meilleure stratégie qu’un monologue plein de hargne pour combler le vide de l’ignorance ?

Télépoubelle.png

Et, même si certaines émissions savent rendre la critique constructive, la plupart des torchons télévisuels que j’ai déjà trop cité font hypocritement l’éloge du droit d’expression tandis qu’ils exécutent une simple quête de rentabilité.

La critique revêt divers aspects. Drôle, inventive, créative, elle peut s’avérer moteur de progression.  La sociophobe tente d’en être le messager. Cependant, comme tous les phénomènes, elle est trop souvent spoliée à des fins néfastes. Gare aux répercutions sur notre société.

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