L'enfer, c'est les autres

Le faux roots.

Tandis que la plupart des individus se contente de quelques jours par an pour braver les frontières de son confort, le roots, ce petit globe-trotteur indépendant, a décidé de faire de la découverte du monde une occupation à temps plein.

La démarche est aussi louable que sincère : tout le monde ne s’accomplit pas dans l’enracinement et la monotonie. Seulement, comme un phénomène de mode, l’esprit du voyageur libre et sa symbolique ont entrainé leur lot de contrefaçons : le faux roots en fait partie.

Sa différence principale avec les véritables esprits libres réside dans le fait que sa démarche n’est aucunement philosophique. Elle est à peine réfléchie. Son départ vers l’ailleurs est un affreux concours de circonstances. D’errances à déconvenues, le faux roots enchaîne les échecs cuisants en finissant par se demander s’il n’aurait pas dû passer son bac. La vie décousue qu’il mène et le peu de stabilité qu’il possède ne lui offrent aucun objectif de vie concret. Il ne se mettra donc pas en danger par l’instabilité du voyage : il est déjà, dans tous les cas, en roue libre. Le décollage se mue alors davantage en fuite qu’en soif de découverte. Mais, le faux roots, fier et insoumis, prétendra agir au nom d’une idéologie. Le vieux mythe du traveller plein de convictions, libre et imperméable à toute attache, est celui qu’il exploitera. Sauf que le traveller n’agit pas pour le prestige qu’engendre toute forme d’impertinence. Là est le problème du faux roots : bouffé par une fierté maladive, il n’a pas accepté de n’avoir su s’intégrer comme il l’aurait souhaité dans la société. En quête de reconnaissance et un peu par vengeance, il s’est alors auto proclamé routard libéré, convaincu que se rattacher à une action noble lui permettrait d’exister.

Le faux roots.

Comme tous les désaxés qui s’inspirent d’une cause collective qu’ils n’ont pas approfondie à des fins strictement égoïstes, le faux roots s’inspire du mode de pensée du routard sans en connaître les tenants et les aboutissants. Alors prisonnier de sa conformité, il ne saura honorer une des lois qui régit le mode de pensée du véritable nomade : l’ouverture d’esprit. Non rares sont en effet les fois où le faux roots se perdra dans un discours de propagande, où société rime avec dictature et travailleurs avec esclaves. Convaincu d’être maître de sa vie alors qu’il fut victime de sa fuite, le faux roots en est devenu présomptueux. Rangés dans des cases sont son manager autoritaire du Mac Do ou sa mère ménagère qui trimait pour presque rien. Selon lui, ils sont illustrations de cette société infâme où il n’y a pas de place pour l’originalité. De bon à rien, le faux roots et sa nouvelle personnalité s’imaginent qu’ils était trop bons pour tout. « Je vaux mieux que travailler comme un chien » fait partie de sa rhétorique assassine envers un monde qu’il n’a en réalité pas eu les épaules d’affronter.

Sa vision de ce qui l’entoure aussi bien que celle de lui même est obstruée. Il veut un look rétro, il obtient un rendu has been. Il se veut open minded, il a l’esprit aussi fermé que Marine Le Pen. Il se veut anti consumériste, mais paye un sarouel 50€ dans un attrape touristes.  Il veut de la reconnaissance, il obtient de la pitié. Il veut parler avec son âme, il parle avec ses prédicats. Il se veut aventurier, il ne sait se défaire de ce formatage si rassurant. Et finalement, il devient non seulement la victime conformiste qu’il méprise tant, mais aussi  une caricature grossière.

Se rallier à une cause simplement pour pallier à son inconsistance n’a jamais rendu plus noble. Voler des idéaux pour en tirer une gloire hypocrite n’a jamais rendu digne d’intérêt. La condescendance n’est pas un remède à la médiocrité. A démarche intéressée, résultat erroné : le faux roots récolte la bêtise qu’il a semé. Dix ans après, je le retrouvais, en train de me servir mon Mac Wrap. Au comptoir, avec sa toque et son air désabusé, ruiné, il attendait son visa pour pouvoir se tirer.

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