Billets de mauvaise humeur

L’intensité.

L’envie de se surpasser se témoigne différemment chez les différents témoins, mais quiconque recherche la transcendance, je crois.

On éliminera d’emblée celles et ceux dont l’accomplissement personnel se résume à fonder un foyer. Ceux-ci écartés, restent ceux qui trouveront satisfaction dans le gravissement des échelons professionnels. La course à l’émancipation sociale est la plus effrénée de toutes. Elle occupe les esprits. Elle est ensanglantée et sans merci. Elle est égoïste et sournoise : l’homme, dans un but purement narcissique, pour fuir une fatalité qui l’accable, se hâte après un but qu’il crée de toute pièces. Palliatif à son ennui, remède à la vie, il file, galope après un idéal préconçu. La société et ses normes le rassurent. Les deux ne nécessitent aucune fantaisie. Les gens sont prêts à tout pour voir leur statut s’améliorer. C’est la sortie de secours qui les mènera vers un monde moins morose. C’est la lanse à incendie qui éteindra leur hargne, leur jalousie ou leur envie. Ils peuvent dépenser leur vie et toute leur énergie à tenter d’exister en s’élevant. Ça les occupe. Ça tue leur temps et leur permet de ne pas être face à la platitude de leurs existences. Au vide de leur inconsistance.

Mais, pour les autres ? Mais pour ceux qui veulent plus ? Plus qu’une augmentation. Plus qu’un poste à hautes responsabilités. Plus qu’un mariage heureux et des bébés. Mais, pour ceux dont la seule chose digne d’être poursuivie est la frénésie ? Dans le monde moderne, on les appelle les « fantaisistes ». Pour ceux qui courent après la transcendance ? Ceux-ci meurent d’épuisement. Ils courent après une intensité qui sera toujours plus rapide qu’eux. Ceux-ci sont prisonniers d’une quête d’absolu utopique. Ceux-ci ont soif de ce que ni une vie trépidante ni un monde parfait ne saurait leur apporter : l’idéal. Ceux-ci peuvent partir aussi loin qu’ils le souhaitent en tentant de fuir les démons de leurs ennuis, ils seront toujours possédés par cette maladie incurable et dégénérative : la soif d’absolu. Ils pourront courir, tenter de se guérir en s’enivrant, tenter d’oublier en aimant, tenter de se nourrir en voyageant : ils seront toujours, inlassablement, immanquablement, indubitablement rattrapés par cette maladie furieuse qu’est la soif d’absolu. Vive, traitresse, elle apparaît à l’adolescence. Lorsque l’on prend conscience que l’on commence à exister. Et qu’il faut trouver un moyen de briller. D’être acteur et non spectateur de ses futures années. La maladie prend alors sa source dans les angoisses des anciens enfants : qui suis-je ? Quel être veux-je être ? Elle devient toxique quand le jeune adulte naît. Arriverai-je à mes buts ? Elle devient paralysante lorsque le jeune adulte devient vieux. Quels sont mes buts et quels intérêts réels ont-ils ? Elle devient assassine lorsque le vieil adulte est raisonné. Saisirai-je l’intensité ? L’intensité me permettra-t-elle d’exister ?

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Une réflexion sur “L’intensité.

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