L'art au service de la phobie sociale.

Dernier Train pour Busan

Qu’on se le dise : je hais les films fantastiques. Je hais les zombies. J’ai adoré dernier train pour Busan, réalisé par Sang-Ho Yeon, habituellement réalisateur d’animations, qui signe ici son premier film d’horreur. Un début prometteur.

Des voyageurs du train Séoul-Busan doivent échapper à des zombies jusqu’à la prochaine gare. Au fil du trajet, ils réalisent que toutes les villes sont infestées et doivent continuer leur chemin, bloqués dans les wagons, en luttant contre leurs pairs contaminés.

A priori, un scénario basique qui aurait pu être emprunté à un Blockbuster Américain. Sauf que, contrairement à ceux-ci, Sang-Ho Yeon ne laisse aucune place aux fioritures, aux histoires d’amour à l’eau de rose ou aux niaiseries en tout genre.

Il y a certes un certain manichéisme qui règne : les grands patrons sont des lâches, égoïstes et sans valeurs, tandis que les pauvres sont les représentants du courage et de la bravoure. Cela dit, cette facette du film n’entache en rien sa grandeur. Au contraire, elle ressemble à une intention du réalisateur de pousser son spectateur au questionnement. Triomphe t-on toujours à être bon et tourné vers l’Autre ou doit-on mieux se préoccuper de soi, et uniquement de soi, pour vivre ? La métaphore est d’autant plus éloquente qu’il est réellement question de survie dans ce film.

Egalement une prodigieuse parabole politique, Dernier Train pour Busan dénonce la démagogie dont les politiques Sud-Coréens font preuve. Alors que leur pays est en train de se faire envahir, que la catastrophe grandit, le représentant s’entête à annoncer aux médias que le problème est en phase d’être résolu. Parabole de la société Sud Coréenne, seulement ?

Sceptique au départ quant à quelques répliques stigmatisantes (« TU est le trader, c’est toi qui sais manipuler les gens »), ma mauvaise impression s’est envolée aussi vite que le scénario m’a captivé par sa finesse psychologique. Car ce film est tout sauf grossier. Sous une trame haletante, il dépose des questions de fond sous chercher ni à influencer, ni à persuader. Le politicien véreux, égoïste, traître et lâche, qui a dédié sa vie au pouvoir et à l’argent, récolte le même sort que la vielle femme en paix avec elle-même, qui a consacré sa vie aux autres. Qui sort gagnant ? Qui sort perdant ? Personne, finalement.

Dernier train pour Busan, ce n’est donc pas uniquement la lutte contre des zombies maléfiques, bien qu’elle soit irréprochablement mise en scène. C’est la lutte des classes : ces hommes d’affaires quémandant de l’aide avec leurs smartphones derniers cris se retrouvant sauvés par des pauvres pleins de valeurs.

Le film trouve sa grandeur dans le fait qu’il parvient, malgré quelques généralisations, à rendre le cliché acceptable. Il fait passer un message sans le hurler dans les oreilles du spectateur, qui garde ses capacités de discernement intactes.

Dernier train pour Busan est brillant de métaphores. Rangé dans la catégorie des films d’horreur, on s’attend naturellement à des scènes violentes, sans aucune finesse. C’est tout le contraire. Certains doubles-sens sont si subtilement suggérés que cela en deviendrait poétique. Le rythme fait écho à la vitesse du train, il est haletant, saccadé, et, une nouvelle fois, il nous fait abandonner toutes nos idées reçues.

Le scénario est conçu de façon à ce que nous soyons pleins de préjugés au début : nous tombons dans le piège. Finalement, c’est grâce à ce chemin où le réalisateur a voulu nous mener que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Il est impossible de connaître qui s’en sortira, qui trahira, et qui triomphera.

Brillant, il l’est aussi par sa noirceur. Il pose des questions que l’on n’ose pas souvent énoncer à haute voix : jusqu’où serai-je prêt à aller pour sauver ma peau ?

Quelles valeurs sommes nous prêts à renier pour s’accrocher à une vie qu’on pensait sans saveur ?

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