Billets de mauvaise humeur

Comment les putes à clic ont fait mourir l’information.

C’est en quête de visibilité que la presse en ligne se livre à une course acharnée au vide. A coup de titres racoleurs laissant planer une intrigue en carton, elle vise des cibles jeunes, voyeuristes, et qui s’emmerdent. Celles qui, dans un espoir de distraction déchu, cliqueront sur le lien proposé afin de connaître le fin mot d’une histoire rendue sensationnelle par un community manager véreux.

L’épuration pour flatter la paresse

L’amoindrissement de la qualité de l’information repose sur une évolution qui, en plus de scléroser notre temps, sclérose nos esprits. La génération Y veut tout instantanément. Elle veut l’info sans la chercher. Elle veut des réponses sans poser de questions. Elle veut du sensationnel sans sortir de chez elle.

La presse en ligne, elle, selon un intérêt aussi financier que naturel, ne fait que suivre la loi de l’offre et de la demande. Et que demande le peuple ? Du vide. Du vide déguisé. C’est à coup de phrases accrocheuses qu’on l’appâte. A l’image d’un panneau publicitaire aux couleurs criardes qui agresse les consommateurs pour leur vendre des prix de gros, les sites web modernes alpaguent leurs cibles en jouant sur leurs faiblesses : ils titrent leurs articles de problématiques bidons attisant la curiosité malsaine de chacun.

« Découvrez à quoi ressemblait cette femme avant de perdre 50 kilos ! »,

nous crie ce site web bas-de-gamme pour que l’on augmente son taux de clic. L’intérêt du clic étant évidemment d’accroitre la visibilité d’un site. Mais, si cette cause s’avère logique, qu’en est-il de l’inconsistance de l’information et du style dépouillé, souvent inexistant ?

 La réponse est simple :  les articles doivent mentionner les mots utilisés le plus fréquemment par les internautes afin d’être mieux référencés sur les moteurs de recherche. Et, force est de constater que ce n’est pas le vocabulaire soutenu qui triomphe.

Konbini
L’analyse qui parle au peuple : une recette miracle. 

Qui blâmer : l’offre, ou la demande ? Les réseaux sociaux ont-ils jamais eu vocation à éduquer ? Les marketeurs viraux l’ont bien compris : on veut de la distraction instantanée, éphémère et scandaleuse. Distraction n’est pas information.

La course effrénée au vide s’est enclenchée lorsque le monde internet s’est rendu compte que des milliers de jeunes ahuris étaient capables de cliquer sur

« Cet homme a décidé de ne pas prendre l’avion… Et il a eu raison ! »

pour connaître le fin mot d’une histoire aussi creuse qu’inventée de toutes pièces.

De la vulgarisation de l’information à sa mort

Puis, le phénomène a pris de l’ampleur.

 L’épidémie s’est répandue bien au delà des sites créés d’emblée pour attirer les clics. Pour faire face à une concurrence accrue, réactive, et dont le système est rôdé, les médias classiques se sont vu réviser leur stratégie à la facilité. On ne rivalise pas avec la bêtise : on s’y adapte.

C’est ainsi que des supports réputés informatifs (BFM, Slate, Le Parisien…) ont perdu pied (et la face), se livrant à cette course sans merci qu’est celle de l’improfondeur. Les grands moyens furent engagés : des community managers , collégiens attardés, ont été embauchés pour se donner l’illusion de « vivre avec son temps ». Leur mission ? Fidéliser un public de jeunes puceaux avide de scandale à travers des polémiques injustifiées.

Slate.png

Bel exemple de problématique majeure par Slate.

 Creuser encore plus profond pour trouver des followers.

Le style est épuré, les phrases sont simplifiées, et les données aseptisées dans le simple but de créer du trafic.

Le journalisme web, créateur de sensationnel, anonyme désinhibé, aveuglé par des répercutions virtuelles, s’est mué en terreau à scandale. A l’instar d’une prostituée au Bois de Boulogne, il alpague ses clients sur la scène 2.0. avec des expressions racoleuses et une promesse de satisfaction non respectée.

Il est vulgaire, menteur et désincarné. Il est reflet d’un nivellement par le bas et la réponse à une époque dégénérée.

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