L'art au service de la phobie sociale.

Baise moi.

Il y a les puritains qui la haïssent, bien-sûr. Les bien pensants, aussi. Puis les mal baisés, surtout. Il y a aussi ces abonnés à la polémique. Pour eux, Virginie Despentes a trouvé le bon créneau : en parlant de drogue, de putes et de cul dans une société voyeuriste, elle s’assure un succès fulgurant.

Mais, je ne crois pas que ce soit ça. Pour moi, en tout cas, ce n’était pas ça.

J’ai ouvert « Baise moi » à 23H. Je ne l’ai pas refermé avant de l’avoir terminé.

Il raconte l’histoire de filles crades, esprit dégénéré, cheveux gras, qui baisent pour oublier le connard de la dernière fois et qui re-baisent pour dédramatiser le viol de l’avant veille. Elles sont habitées par la haine, le dégoût, le rejet; pourries par la vie et les excès.  Psychologiquement, elles semblent tout bonnement irrécupérables. Ce sont des anti héroïnes répugnantes et réalistes.

Virginie Despentes l’est tout autant.  Je ne suis parvenue à déterminer par quelle stratégie psychologique elle parvient à le faire, mais elle rend le malsain attirant.

Ses ouvrages donnent envie de se piquer à l’héro dans les chiottes bien sales d’une station service pendant une cavale.

Ses lignes sont crues, vicieuses, glauques. L’atmosphère l’est aussi. Manu et les autres personnages n’évoluent pas dans les clubs tendances des métropoles en vogue. Elles trainent leurs fringues miteuses dans les trous à rats de leurs potes cas sociaux pour leur taxer dix balles. Elles n’ont rien de ces jeunes michtos qui font claquer leurs Louboutins dans les clubs branchés des romans de Beigbeder.

Elles en sont d’autant plus fascinantes.

Car elles sont à gerber. Pas pour de faux, pas car c’est « in » de s’enfiler des verres de Whisky pour oublier à quel point leurs vies sont merdiques. Car elles souffrent, vraiment, et pour quelque chose. Le paradoxe, c’est qu’on s’étonne également de voir à quel point elles ne laissent aucune place à leur états d’âme et leur fragilité. Aux normes. Anti système, elles sont absolument en marge de tout ce qui est censé guider le citoyen exemplaire. Elles sont des combattantes qui ont la rage d’avancer, envers et contre tout, et surtout contre tous.

Virginie Despentes, très controversée, est pourtant loin de l’étiquette que l’on veut lui coller. Elle ne suit pas la tendance pour faire parler : elle fait parler car elle évoque des thèmes avec une lucidité déroutante.

Par opposition à ces prostitués littéraires qui racolent par des thèmes vendeurs, son but n’est aucunement de flatter indirectement la débauche.

Victime d’un viol à 17 ans puis devenue prostituée pour tenter de dédramatiser l’acte sexuel contraint, Despentes écrit du trash car elle est trash. Et de toutes manières, qu’importe ce qu’elle est, puisque l’on sent de la sincérité dans ce qu’elle fait.

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