L'enfer, c'est les autres

Posture.

Intellectuels et culturophiles, capitalistes et capitulants, artistes et artisans, bourgeois et opposants, gauchistes, extrémistes, UMPistes, marginalisés et sur-insérés. Le degré d’intensité de la pierre que chacun apporte à l’édifice patriotique est tout à fait subjectif.

Agathe, 23 ans, étudie le marketing. Elle loge dans un studio niché dans un quartier bourgeois de la capitale pour lequel elle débourse près de 1 000€ mensuels. Convaincue que l’apparence extérieure joue un grand rôle dans le maintien de sa condition sociale, elle feuillète studieusement les magazines féminins. Ils la tiennent au fait de tendances, qui, éphémères, requièrent rigueur et réactivité. Agathe s’équipe ensuite régulièrement de ses cartes bleues pour  aller mettre en pratique les conseils esthétiques soumis par le Gracia hebdomadaire. Financièrement active, elle est convaincue de la légitimité de son rôle : en exerçant son pouvoir d’achat, elle nourrit le chiffre d’entreprises, qui, sans d’autres de sa catégorie, pourraient déposer bilan. D’un point de vu purement capitaliste, ce ne sont pas des idéaux qui font vivre une patrie endolorie. Son appétence pour la société de consommation profite à plusieurs maillons : couturières, vendeurs, créateurs et créatifs ; tous nécessitent argent pour subsister. Agathe est un acteur clef du maintien de la société. D’ailleurs, elle exècre les penseurs, qui, au lieu de tergiverser, auraient tout intérêt à sortir le porte monnaie.

Alix, 24 ans, termine ses études d’art. Elle loge dans un studio du 18ème arrondissement dont le loyer avoisine les 650€ mensuels. Avec les aides au logement, elle parvient à se débrouiller pour n’avoir presque aucun retard de paiement. Convaincue que l’amassement de la culture intérieure joue un grand rôle dans l’évolution des mœurs, elle investit minutieusement chaque exposition nourrissant son savoir. Elles la tiennent au fait de tendances, qui, éphémères, requièrent sérieux et vigueur d’esprit. Alix court régulièrement les performances littéraires, plastiques ou musicales, encouragée par le Télérama hebdomadaire. Culturellement active, elle est convaincue de la légitimité de son rôle : en essayant d’apprivoiser l’infinité des acquis, elle aide le monde artistique, vulnérable, à continuer de vivre. Sans elle et ceux de sa catégorie, ils pourraient dire adieu au public qui les fait exister. Son appétence pour ce monde profite à plusieurs maillons : écrivains en devenir, musiciens de reconnaissance variable, peintres passionnés. Alix est un acteur clef du maintien de la société. D’ailleurs, elle exècre les êtres trop concrets, qui, au lieu de dépenser, auraient tout intérêt à penser.

 20h, jeudi soir, petite rue étroite du Marais, dans le 3ème arrondissement de Paris. Une exposition a lieu. Une étudiante en art expose pour la première fois son travail, fébrile, coupe de champagne à la main. Une étudiante en marketing passait par là et entre : elle cherchait justement quelque chose d’artistique pour habiller le mur vide de son appartement. En mesure d’acheter, elle ne sait pas créer. L’étudiante, verre de champagne à la main, créatrice peu capitaliste, s’engage vers l’ennemi apprêté. Dépendante d’une catégorie sociale qu’elle méprise, elle sourit, explique, socialise. L’acheteuse snobe et écoute, attentive, consciente qu’elle dépend d’un maillon dont elle se désolidarise.

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