L'enfer, c'est les autres

L’anti-progrès.

Ton mêlant dégoût et dédain, les yeux vers le ciel, l’anti progrès vous lance, de ce petit air un peu cynique: « Ah, le smartphone. C’est l’appendice. » Quelques instants plus tôt, il s’interrogeait sur le nom de la femme de Louis XVI. En une minute, deux maximum, vous lui répondiez, Google à l’appuie. « Marie Antoinette d’Autriche, mariage le 16 mai 1770, rencontre le 14 mai 1770… », « Ok, ok, ça va, merci ». La question était pourtant assez saugrenue. Du moins, sans ce fichu téléphone, il vous aurait sans doute fallu vous armer de patience pour trouver un livre d’histoire, un dictionnaire, ou un moyen d’accéder à un ordinateur pour chercher sur internet. Le fichu smartphone vous a permis de trouver la réponse détaillée à votre question en quelques touches, deux clics  et même pas d’effort. Il vous a permis de ne pas stagner dans votre ignorance et d’évacuer de votre tête une interrogation qui aurait pu vous obséder toute la journée.

Il peut aussi, dans certains cas, vous indiquer très exactement la route la plus rapide à emprunter pour rejoindre l’adresse où vous souhaitez vous diriger. Il stocke vos donnés, calcule le nombre de calories brûlées pendant la journée, remplace la radio réveil, sert de dictaphone, de MP3, surveille votre maison à distance, vous pouvez y lire votre journal, regarder les infos, des vidéos, des photos, des podcasts…

Mais l’anti-progrès s’en fout. Cela reste un fichu téléphone. « Moi, tant que je peux appeler et qu’on peut m’appeler… ». C’est vrai quoi, que les outils nous facilitent la vie : quel intérêt ? Il est contre les améliorations technologiques de son époque. Il les nie en bloc. Pourquoi progresser quand on peut stagner ?

L’authenticité avant tout. Convaincu que les outils traditionnels n’ont d’égaux qu’eux-mêmes, il est hermétique à toute forme de nouveauté technologique. « Ces engins nous abrutissent ». C’est vrai, quoi : un accès simplifié à l’information additionné à un gain de temps ne peuvent que nous rendre plus cons.

Un jour, l’anti-progrès est perdu au bien milieu de nul part – sans passant à qui demander son chemin. Il n’a pas de carte routière avec lui. Ce téléphone, ce fichu téléphone, pourrait lui indiquer le chemin. Il faudrait entrer l’adresse, juste entrer l’adresse. Cela prendrait 30 secondes, 30 petites secondes. Mais pas question de se rendre dépendant de cette saleté de petite machine. Il commence à pleuvoir, il pleut des cordes. Il n’a pas de manteau, rien pour se protéger. Il n’y a personne, sauf ce fichu téléphone. Mais l’anti progrès continue à marcher, sans savoir où aller. Assurément, il ne touchera pas à cet objet d’aliéné.

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