Billets de mauvaise humeur

Putes littéraires : cupidité, génie ou bêtise ? 

Dans un monde jugeant et négatif, on les qualifierait d’auteurs de gare. Dans un autre, plus tolérant, on les appellerait simplement auteurs grand public. Ici, on va évidemment employer la première option et essayer de décripter le racoleur succès de Marc Levy, Gavalda, Musso et so.

Ces écrivains d’un nouveau genre s’adonnent à une forme de littérature basée sur la candeur et la caricature. Ils, sont, en quelque sorte, ce que la comédie est au cinéma : un genre qui fait vendre car il parle au plus grand nombre. Au grand public. 

Lorsque l’on s’arrête sur la définition officielle de « grand public », on trouve : « La plupart des consommateurs ».  Mais officieusement, pour un amas arrogant, « grand public » peut aussi être un terme peu glorieux qui réfère à des ploucs à la réflexion limitée. 

Quand on fait du grand public, donc, on s’adresse à un ensemble large. Pour cela, on constitue quelque chose d’accessible, de fédérateur. 

On décomplexifie, aussi. Comment ? Voyons-voir.

 L’imaginaire collectif quand on n’a pas envie de (faire) penser individuellement 

 L’imaginaire collectif est une représentation commune de la réalité; l’ensemble des préjugés qui aident un individu à s’en faire une idée. Du coup, parce que c’est plus simple que d’essayer de captiver la complexité du monde,  Musso, Levy, Gavalda, en usent. Leur ouvrages ont de commun qu’on n’y trouve ni investigation particulière, ni enquête (ce qui n’empêche pas certaines affirmations demi philosophique péremptoires). 

Ici, l’on dépeint plutôt la vie de monsieur/madame tout-le-monde, qui sont toujours hétérosexuels, qui aspirent aux mêmes choses et proviennent du même niveau social. Ils nourrissent aussi, évidemment, les mêmes espoirs. 

Exemple : dans l’imaginaire collectif, l’amour, c’est compliqué. Alors, chez Marc Levy, on s’aime depuis toujours, mais comme l’amour c’est compliqué, on se sépare. Finalement, comme le lecteur sait qu’en amour, tout finit toujours par s’arranger, on se réunit.

 Le manichéisme quand on ne veut pas se fouler.

Le manichéisme, au sens moderne du terme, est une attitude simplificatrice consistant à tout ramener à un combat du bien et du mal.

Le manichéisme du roman est donc la mise en œuvre de forces antagonistes avec une netteté qui n’est pas celle de la vie. Quand, dans l’Assommoir, Zola usait de cette méthode pour rendre compte des fléaux subis par la condition ouvrière, Anna Gavalda usait de la même technique dans Ensemble c’est tout pour montrer que les êtres fragilisés finissent toujours par se comprendre. A chacun son message.

Pourquoi le manichéisme est si présent dans la culture populaire depuis la nuit des temps ? Parce qu’écarter la demi mesure suggère que la société dans laquelle nous vivons est limpide, qu’il suffit que nous choisissions notre face favorite. Évidemment, c’est lerer le lectorat. Mais c’est le rassurer, aussi. Puis, astuce commerciale imprenable : identification. Ce soldat tyrannique et sans cœur, c’est ma boss. Cette personne gentille et sensible, c’est moi.

 Le lecteur achète du Levy dans l’intention de retrouver des bribes de sa vie, du monde dans lequel il vit. Il souhaite en tout cas un récit réaliste ou qui le fasse rêver à une histoire à laquelle il lui soit envisageable d’accéder. 

Le Levy écrit dans l’intention première de plaire à son lecteur, de lui parler. Le Levy écrit aussi et surtout dans l’intention première de vendre. 

Le Levy, du coup, use d’un manichéisme stratégique

Les lieux communs quand on ne sait pas où aller.

On pourrait penser que les auteurs commerciaux font évoluer leurs personnages au sein de situations consensuelles par absence d’originalité de pensée. Bien-sûr que oui. Mais pas seulement. Le lieu commun, en littérature, est un best seller a lui tout seul. Preuve en est : le topo inépuisable de la rencontre amoureuse est exploité une fois sur deux dans la littérature grand public. Pourquoi pas, puisque ça tape dans le mille : Elle et lui (Marc Lévy), dont le simple titre laisse deviner la suite de l’histoire, est paru avec un tirage de plus de 350 000 exemplaires. 

Des citations pleines de larmes quand on veut romancer.

Savoir faire pleurer de manière  la mère, la sœur et la fille est périlleux : toutes les générations, c’est bien connu, ne s’intéressent pas aux mêmes enjeux. 

Pourtant, grâce ou à cause d’une miévreurie effrontée, l’écrivain grand public -Levy, pour rester sur notre lancée- élargit sa cible. 

 Ses citations émeuvent aux larmes aussi bien l’ado en mal d’amour que la mère en crise. Cadeau : « Perdre quelqu’un que l’on a aimé est terrible. Mais le pire serait de ne pas l’avoir rencontré ». Et, la génération milléniale (tiens, toi, qui lis) ne le sait que trop bien : nous apporter un enseignement sur la vie et nous trouver un nouveau statut Facebook est un combo gagnant.

Être prévisible pour être attendu.

 Certaines choses se devinent. Quand Madonna donne un concert, on devine qu’elle va montrer ses seins. Quand Robert Menard fait une apparition télévisuelle, on devine qu’il va parler des arabes. Benh, quand Marc Levy écrit un livre, on devine qu’il sera à chier. Mais la dose de génie n’est-elle pas là : savoir être con pour briller ?

Finalement, écrire de la merde parce ça fait vendre requiert beaucoup de recul sur soi. Pondre un livre volontairement simpliste vous place directement au rang de pute littéraire. Cependant, ne manie pas la mièvrerie qui veut.  Ils ne sont qu’une dizaine d’écrivains français à pouvoir vivre très convenablement de leur plume- ne devient pas page turner qui veut. On ne peut qu’admirer ceux qui ont fait l’impasse sur leur égo.

En 1837, Honoré de Balzac disait “Certains êtres sont comme des zéros, il leur faut un chiffre qui les précède, et leur néant acquiert alors une valeur décuple.”

En 2008, Marc Levy disait : “ Quand on vit aux cotés des gens on ne se rend pas vraiment compte qu’ils changent, et c’est comme cela qu’on finit par les perdre.”

A chaque époque son génie.

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