L'art au service de la phobie sociale.

DLJDO : Addiction sexuelle et femme mariée

Adèle est une femme qui ressemble à des milliers d’autres. Elle est élégante, fine, discrète. Elle représente aisément la Parisienne bourgeoise telle que l’on se l’imagine. Elle est mariée à un médecin, et, ensemble, ils ont un fils. Elle même est journaliste. Pas de quoi se plaindre, donc ? Ou au contraire, de quoi se plaindre de tant de conditionnement ?

Le plus gros problème d’Adèle, ce n’est pas tant son addiction sexuelle, thème principal du livre. L’ennuie, c’est son conformisme. Il est à la fois une obstruction au bonheur et une barrière sécurisante (« Adèle a fait un enfant pour appartenir au monde et se protéger de toute différence avec les autres »). Son mari Richard la tient fermement sur les chemins de leur destinée. Une maison à la campagne, parce qu’il pense qu’ils y seront heureux. « Est-il déjà l’heure de mourir ?», Adèle se demande, lorsqu’elle la visite. Un deuxième enfant, car pour Richard, c’est le bonheur. « Une perte de temps », pour Adèle. Des dîners de Noël en famille, parce que, pour lui encore, c’est important. « Les vacances de Noël sont un tunnel long et sombre, une punition», pour elle. Malgré son aversion pour tant de préméditation, elle subit tout cela sans sourciller. Elle se laisse docilement guider par son mari bienveillant, organisé, optimiste et aimant. De toutes manières, elle n’aurait pas la force de rétorquer.

Adèle garde son énergie pour son autre elle. Parfois, souvent lorsqu’elle ne l’a pas décidé, il prend le pas sur sa raison. Lors d’un apéro de Noël au bureau, lors d’une visite à l’hôpital à son mari, lors du vernissage d’une de ses amies, dans la rue… Il la possède et la mène à des agissements qu’elle regrette. Adèle est sexuellement compulsive. Comme une bête féroce, son désir la pousse dans des centaines de bras d’hommes différents, partout, n’importe quand. Pendant ce temps-là, son mari et son fils l’aiment et l’attendent, n’imaginent pas qu’Adèle est double.

Quête de principes sans bonheur, quête de bonheur sans principes, « Dans le jardin de l’ogre » balaye de façon presque exhaustive les anxiétés d’une époque en proie au doute. En quelque sorte, Adèle est un personnage tendance. Les médias, les humoristes, les chroniqueurs et (depuis peu) les « snipers » sont cyniques et désabusés. Adèle, comme eux, est la messagère –ou la réceptrice- d’une génération désenchantée à la fois victime et bourreau d’une société de surconsommation, tiraillée entre confort et risque, force et défaillance, névrose et optimisme.

En 2016, c’est en fait très commercial, d’être subversif. Un tas d’œuvres contemporaines trouvent leur succès dans la critique d’un système, auquel, finalement, personne n’adhère.

De fait, Leïla Slimani, en voulant nager à contre courant, se place fatalement dans le rang. Il n’en reste pas moins que son roman, tout comme Chanson Douce (Goncourt 2016), est indéniablement captivant, très éloquent et particulièrement fluide.

En 2017, elle publiera un nouveau livre : Sexe et Mensonges, la Vie Sexuelle au Maroc, aux éditions les Arènes. Tenez vous au fait !

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