L'enfer, c'est les autres

Le couple dépendant.

Méprisables, diront certains. Attendrissants, diront d’autres. Excessivement niais, surtout. Certains couples, après quelques années passées ensemble, disons deux minimum, se désingularisent au fil du temps pour ne laisser place qu’à un individu unique sans personnalité, totalement aliéné par sa relation. C’est triste.

Certains aspects sont touchants, c’est vrai : ils se connaissent parfaitement (si bien qu’ils savent anticiper la réaction de l’autre), ils terminent leurs phrases mutuelles (si bien que la chute d’une anecdote peut être tristement mise à mal) et n’ont plus aucun complexe vis à vis de leur compagne(gnon). Bon, ça, ça peut dériver dans le dépassement des frontières de l’intimité et être carrément dérangeant, mais il paraît qu’il en faut pour tous les goûts.   

Le temps glisse et polit la passion. Il le remplace par d’autres éléments :  respect, dépendance, habitude. C’est moins amusant, mais certains s’en contentent. Les années passées à se consulter sur tout   (et surtout sur rien) ont rendu certains amoureux interdépendants. C’est une des conséquences  de s’être habitué à ne plus penser pour (et par) soi-même. Mais pas la pire :  souvent, le couple engagé parle avec le « on » collectif. Comme si, après une période déterminée, il se transformait en un individu unique qui ressentait les mêmes choses, avait les mêmes envies et qui éprouvait les mêmes besoins. Etre dépossédé de son individualité est loin de poser problème à l’être indissociable. Au contraire : il s’y complait.

L’individu unique n’est plus qu’un amas de projets médiocres.

Il a laissé sa fougue au placard pour la troquer contre des apparats de citoyen rangé. Les étapes confortent l’engagement, et, aux yeux de la norme, l’engagement amoureux se résume à une sorte de schéma logique complètement insensé. L’installation dans un bien commun, d’abord. Passe encore : ça réduit les charges. L’acquisition d’objets et de projets collectifs, toujours. Pèle-mêle, on citera par exemple : un chien pour s’entrainer à la parentalité, un lave vaisselle pour éviter les tensions, une télévision pour tromper l’ennui.

Et puis, surtout, il y a une posture nécessaire à adopter : l’isolement. Peu à peu, le couple entre en une telle fusion qu’il se suffit à lui même. Il devient une société autonome. Au diable les relations sociales. Le couple espace les rendez-vous avec ses amis sans néanmoins les stopper complètement. « On doit garder un lien avec les autres », qu’il dit. En revanche, si les amis ne sont pas célibataires, ça l’arrange. A bas l’instabilité des derniers. Le couple fusionnel préfère les dîners à quatre aux soirées endiablées. Les termes ne sont pas antinomiques. Pour le couple fusionnel, il sont pourtant incompatibles.

Amour rime pour lui avec discipline. Il perd des amis, perd de l’importance, perd de lui-même, mais qu’importe : à deux, on peut tout affronter. Pas vrai ?

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2 réflexions sur “Le couple dépendant.

  1. Deux collègues de bureau dans ce genre : mari et femme, partageant le même bureau, les mêmes dossiers, formant une entité au point que l’on ne parle plus de l’un séparément de l’autre… Font tout ensemble (quand l’un est en arrêt maladie, l’autre pose des congés) et parlent d’une même voix. Flippant

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