L'art au service de la phobie sociale.

L’Amant Double : pourquoi le gode ceinture ne suffit pas à faire de Ozon un féministe

Chloé a mal au ventre depuis des années, un mal inguérissable, un mal qui vient de la tête, lui dit sa gynécologue.

Alors, elle va consulter un psychiatre. Elle lui raconte, pèle mêle : son rapport au désir, à l’apparence, le fait qu’elle aime, depuis l’adolescence, que les autres la regardent mais pas qu’ils la touchent. Le tout, avec une voix basse, très basse, monocorde. Fragile, Chloé est fragile.

Le psychiatre est fort, il est rassurant, paternaliste, et sous son tee-shirt on imagine ses muscles saillants.

Il ne parle pas, il écoute Chloé. Puis il tombe amoureux. C’est ce qu’il lui dit : la première fois que je vous ai vu, j’ai tout de suite pensé qu’il ne fallait pas que je tombe amoureux. Il le dit bien : la première fois que je vous ai vu.

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Car, Ozon a beau la montrer sans artifices (cheveux courts – vêtements informes – lèvres gercées), Marine Vacth (Chloé) – a cette beauté sans nécessité d’aménagements esthétiques. Une beauté pure, rare, sans artifices. Une beauté froide, aussi. Une beauté qui forcerait presque le respect. Une beauté que l’on voit.

Alors voilà : Paul tombe amoureux, et on ne sait trop si c’est du physique ou de la fragilité de la jeune femme. Mais dans les deux cas, c’est dérangeant.

Et ça l’aurait sans doutes moins été si Ozon ne s’était pas targué d’avoir réalisé avec L’amant Double un film féministe.

L’argument féministe, c’est son grand truc, ça a toujours été son truc. A Télérama, il confie : « dans tous mes films, les femmes sont les égales des hommes. Dans le boulot. Dans le plaisir ». Malheureusement,  ça ne suffit pas. Si tous les films qui avaient pour personnages principales des femmes étaient féministes, ça se saurait.

Et François Ozon a beau faire parler une femme, mettre en scène une femme, son désir, le mettre au centre, il demeure tout de même un misogyne qui s’ignore-  pire, un misogyne qui est dans le déni.

Combative, forte, entreprenante, Chloé ? non. Elle est sensible, fragile, douce, presque fade, dépendante des hommes.
Elle est réunit tous les codes sémiotiques de la féminité– tous les clichés en la défaveur des femmes.

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Pendant trois jours, Paul est en voyage d’affaire. Pendant ces trois jours, Chloé est angoissée, sombre dans la semi-folie, dans la peur, dans la névrose, à l’instar d’une héroïne Hitchcockienne.

 Sauf que celles d’Hitchcock sont traitées différemment : elles sont névrosées mais indépendantes. La domination des hommes construit leur chagrin, elle ne le sauve pas.

Dans l’Amant Double, Chloé laisse libre court à ses pulsions sexuelles.

Parfois, elle va les assouvir passionnément dans les bras de Louis, l’un des frères jumeaux, face sulfureuse et violente. Quand il la viole (selon Ozon, la prostitution est un fantasme universel), elle prend son pied. Elle est son réceptacle et elle subit son désir. C’est ça, qui la fait jouir.

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Dans les bras de Paul, l’autre frère, elle vit l’acte de manière morose, absente. Quand il la pénètre, elle regarde son chat.

Dans les deux cas, elle est objet. Soit passif, soit actif- mais elle demeure objet. Ce n’est pas eux qui sont dépendants d’elle, c’est elle qui est dépendante d’eux, de leur protection, de leur force. Elle si faible, elle si fragile.

Parfois, Ozon a quelques éclairs, une micro conscience féministe qui se réveille. Alors, il tente tant bien que mal de les exploiter.

Cette tentative d’ironiser  à propos de l’excès d’émotion assimilé à l’hystérie, par exemple. Dans une scène, Chloé est ivre. Elle crie, elle gueule, elle s’agite à la vue de tous, sur le bord d’une route. Elle dit à Paul : « hystérique, tu vas dire que je suis hystérique, c’est ça ? ». Ozon croit pouvoir se dédouaner de tout machisme en parodiant la psychanalyse Freudienne. Raté, ça ne prend pas.

Etre féministe, c’aurait été montrer que l’action aurait pu tout aussi bien être menée par l’autre sexe. C’aurait été montrer, que, vraiment, hommes et femmes puissent avoir des comportements similaires et être jugés d’égales à égales face à ces comportements.

Ce n’est pas, en revanche, pas de conclure par le fait que la femme est finalement une psychotique incurable dont la liaison n’a été (attention spoiler) que fantasme.

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Ce qui aurait pu être féministe, aussi, fut de valoriser le désir de Chloé, pas le désir de Chloé à travers les yeux malsains du Louis qui la baise, du Louis qui l’objectualise, du Paul qui la protège.

Une nouvelle fois, en voulant sortir du rang, Ozon se range dans des cases. En déconstruisant des clichés, il en battit de nouveaux.

A l’avenir, prévenez-le : il ne suffit pas de mettre en scène une femme qui ose cocufier un amant insipide ou la faire enfoncer un gode ceinture dans le cul de celui qu’elle aime pour se revendiquer féministe.

Bonne séance.

 

 

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