L'art au service de la phobie sociale.

Je vous assure, écrire n’est pas seulement une fantaisie

Il est des tas de questions dont on pense qu’elles définissent un être tout entier. Il y a celle, mécanique, que les gens posent à la première rencontre : « et toi, tu fais quoi dans la vie ?« .
On ne va pas refaire le monde. C’est vrai que bien souvent, le métier que l’on exerce définit nos affinités, nos capacités, et parfois même nos passions.  C’est pour cela que l’on parle de « vocation ». D’autres fois, la profession qu’on exerce est réductrice. Elle ne couvre pas l’étendue de notre personne- voir de notre talent. Il peut s’agir d’un job alimentaire, d’une profession pratique ou d’une voie suivie à la hâte, poussée par des parents pressés de voir leur progéniture débarrasser le plancher.

Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je ne sais jamais trop quoi répondre. Je travestie à la fois ma plume pour une nouvelle ligne sur mon CV et quelques euros par mois pour un magazine web, mais j’étudie aussi la création littéraire en FAC et rédige également occasionnellement des billets pour ce blog. Le reste du temps, je lis, et puis je prends des notes, parce que je trouve que les phrases sont belles, ou parce qu’elles me donnent des idées ou de l’inspiration pour le roman que je suis en train d’écrire. Pourtant, lorsque l’on me pose la question, la fameuse, je suis mal à l’aise. Parfois, je suis même gênée. Je ne veux pas qu’on me réduise. Je ne veux pas me réduire non plus. La plupart du temps, je réponds alors simplement : « j’écris ».

Alors, les gens esquissent un sourire. Un air de tu-te-la-coules-douce, un sourire narquois. Vade retro la parano, il arrive également que les gens trouvent ça super-bien-de-faire-ce-qu’on-aime. Mais l’autre moitié du temps, ma « profession » semble risible. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas une profession. Pourquoi ? Parce que tout le monde peut se mettre à écrire, comme ça, là. Tout le monde peut prendre son mac, son PC, son papier, son stylo, et se mettre à coucher, là, ce qu’il pense, en pensant (s’il le publie), que ça peut aussi intéresser le reste du monde. Quel prétentieux, l’écrivain, et dilettante, surtout.

Pourtant, écrire, ce n’est pas toujours rire. Bien-sûr, ceux qui pratiquent l’écriture le savent : personne ne nous met le couteau sous la gorge, le fusil sur la tempe. Celui qui commence à écrire l’a décidé (Marie Darrieussecq dit aussi qu’on se met à écrire par accident). Malgré tout, si, la plupart du temps, on se sent délesté d’un poids après avoir aligné les lignes, c’est éprouvant, aussi.

Car l’écriture n’est pas seulement une passion (une envie brûlante, quelque chose qui nous étouffe) : c’est aussi une obligation. Et, du coup, c’est aussi quelque chose de dévorant. Ecrire, à un certain degré, relève de la nécessité. A titre personnel, cesser d’écrire trop longtemps me donne l’impression d’être en apnée. Si j’arrête d’écrire, je ne peux plus respirer. En ce sens, l’écriture est contrainte. Je suis obligée d’écrire pour aller bien. Elle est même obsession, puisque tout rejoint le fait d’écrire. Je suis dans la rue, j’aperçois quelqu’un qui m’émeut : j’ai envie d’écrire quelque chose sur lui. Je dois le faire, le faire tout de suite, sinon je ne peux plus rien faire d’autre. Je suis chez des gens, à une soirée. La façon de parler de quelqu’un, sa manière de se tenir, m’obsèdent : je ne peux plus m’amuser, je m’isole car l’envie d’en tirer quelque chose est irrépressible. Si je n’écris pas, je ne suis plus là.  Bien-sûr, la post sensation est jouissive. C’est une libération. L’écriture n’est pas seulement un exutoire, c’est une façon de parler, de s’exprimer, de (re)voir le monde.  Prenez, vous, bourrés, 3h du matin. Vous vomissez un bon coup : tout va mieux ensuite. C’est exactement la sensation que j’éprouve quand j’ai écris ce que j’avais à dire.

Mais parfois, l’écriture est névrose. Parce qu’elle est toujours là, à n’importe quel moment, à n’importe quelle heure. Il n’y a pas de 35 heures pour l’écriture, pas de vacances et pas de RTT. Il n’y  a pas de repos dans l’écriture, et elle tiraille aussi bien qu’elle satisfait. Elle vide et elle remplit. Elle épuise autant qu’elle est un moteur. Elle est là, toujours là. Alors, quand quelqu’un rit un peu, ou sourit, simplement, quand je réponds, à sa question, j’écris, j’ai l’impression d’avoir été honnête, d’avoir donné la bonne réponse. La réponse la plus précise. Car écrire, c’est véritablement ce que je fais dans la vie. C’est ce que je fais de ma vie.

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Une réflexion sur “Je vous assure, écrire n’est pas seulement une fantaisie

  1. Comme je comprends ! Sans être au point de m’isoler dans une soirée, j’ai des carnets où je note des anecdotes, des dialogues entendus dans la rue, des idées de titre, des citations, des bouts de phrase, des paroles de chanson. Et bien sûr j’ai toujours un roman en cours, ou une nouvelle, mon travail consiste aussi en partie à rédiger (éditrice/rédac’chef) et je chéris mon blog qui me permet d’écrire au moins 3 fois par semaine. Bref : you are not alone. 🙂

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