L'art au service de la phobie sociale.

Les Sims sont bons pour la santé mentale, c’est prouvé par moi-même

Quand j’étais petite, je n’avais pas trop de potes. Un peu comme maintenant. Les gens me font chier. Globalement, je trouve que l’amitié est une contrainte. On n’est pas libre en amitié. Il faut communiquer, parler de soi, s’intéresser aux autres, leur libérer du temps. Je préfère m’occuper de mon chat.

Quand j’étais petite, je n’avais pas de chat. Alors, ma mère m’a acheté les Sims. J’ai lancé le jeu et décidé de commencer par le début. J’ai donc construit mon habitat. Evidemment, je n’avais nullement l’intention de bâtir un lotissement en province avec jardin de 15 mètres sur 15 qui donne vue sur le barbecue puant du voisin (je suis vegan). Je voulais une immense baraque avec piscine, sauna, jaccuzi, bibliothèque, salle de réception, salle de cinéma, suite parentale pour organiser des teufs et des partouzes.

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Le concept des Sims, à l’origine, c’est un peu de s’entraîner pour la vie réelle. On commence avec une petite somme rondelette, puis il faut travailler et gravir les échelons pour pouvoir se payer des meubles et de quoi se faire un bel intérieur, et aussi pour bouffer. Evidemment, personne ne fait ça parce que c’est chiant. Comme dans la vie quand il faut économiser. Alors, j’ai entré le célèbre code Motherlode pour avoir plein de fric. J’ai eu 50 000 simflouz d’un coup. Alors que la société contemporaine française offre aux ambassadeurs de demain des hypothétiques burn out en échange de plans d’épargne sur 30 ans pour se payer une baraque préfabriquée de 70 mètres carrés en banlieue, les Sims proposent d’escroquer le système pour accéder à la richesse en deux coûts de clic. L’aubaine.

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Après,  il a bien failli que je remplisse la maison. Alors, j’ai créé un personnage. Une fille, car, comme je suis une fille, je voulais une fille. J’étais très cartésienne. Je l’ai appelée Jennifer et je lui ai péroxydé les cheveux car à l’époque c’était mon prénom préféré et que je trouvais les couleurs claires jolies . Je l’ai enfermée dans une salle noire pendant des heures sans boire et sans manger. Ensuite, je l’ai mise dans la piscine que j’avais créée rien que pour elle et j’ai enlevé l’échelle pour qu’elle ne puisse plus remonter.
Ainsi, je venais mine de rien de résoudre deux autres de mes phobies : l’obscurité et la noyade. La sims avait résisté et j’allais désormais pouvoir prendre soin d’elle.

J’ai alors voulu que Jenny ait des copains. Je l’ai donc envoyée chez le voisin pour le draguer. Au début, il n’était pas réceptif, mais finalement, au bout de quelques temps, ils sont quand même tombés amoureux. J’étais contente, car, à l’époque, personne ne voulait de moi. Le succès de Jennifer compensait avec mon pucelage contraint.

Ensuite, d’un coup d’un seul, je poussais ma sims à donner des baffes au voisin juste après l’avoir embrassé langoureusement. J’aimais pousser les limites de sa patience.  Ma Sims était, si je puis dire, l’avatar de mes vices sociaux. On peut traiter les Sims comme on ne peut malheureusement pas traiter les gens. Force est d’admettre qu’en cela, ce jeu est un fabuleux terrain d’expérimentation de sa propre sociopathie. Après, j’ai largué le voisin parce que j’en avais marre.

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Ma sims a survécu à cette rupture. J’ai néanmoins voulu tester une nouvelle expérience, physiologique cette fois. En gros, quand elle était très fatiguée, je ne l’envoyais pas au lit, et quand elle avait très envie de faire pipi, je la faisais résister si longtemps qu’elle se faisait pipi dessus. Je ne lui donnais pas non plus à bouffer et à boire. J’ai ainsi testé les limites des besoins primaires humains des gens par le biais de Jenny. Moi-même je pouvais jouer des heures aux Sims sans faire de pause pour manger ou aller aux toilettes. C’était donc un test virtuel pour Jennifer et un réel pour moi.

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A la fin, j’ai arrêté de jouer aux Sims car j’avais des hallucinations. Ma mère avait trouvé ça un peu inquiétant. Je croyais aussi que le monde réel était un géant terrain de jeu de Sims. J’étais persuadée que, nous, humains, étions tous gérés par des joueurs invisibles qui commandaient nos actes de là haut (je suis de culture catholique). Mais ça m’a quand même bien aidé. Je n’avais pas plus d’amis, je dirais même encore moins, mais j’avais vraiment l’impression d’avoir amélioré ma santé mentale, notamment en jouant à noyer ma sims et en la poussant à gifler le voisin. Globalement, je trouve que c’est un jeu sociologique tout à fait passionnant. Je ne dirais pas que j’allais mal. Je dirais tout de même que ça m’a aidé à aller mieux.

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